Par “ma” fenêtre

juin, 2008

Association des Femmes de la Boissière, à Montreuil

Venues d’ailleurs, vivant ici, arrivées il y a longtemps ou depuis peu, de la campagne ou d’une ville lointaine…
Esquisser ensemble les paysages vus par les fenêtres: aujourd’hui, hier, imaginés… A travers textes, dessins, photos…

Ressentir un paysage selon son vécu, ses origines…


Exposition surprise et lecture émouvante…

mai, 2008

Mardi 13 mai,
nous rendons visite aux habitués des jardins du béton, cité Myriam à Montreuil. (voir article suivant)
Nous avons amené tout ce que nous avons fait. Nos hôtes ne sont pas encore là, alors nous installons tout dans le jardin, avant qu’ils arrivent.

Ça leur fait une surprise: une exposition surprise!

Nous posons dans l’herbe,
les objets…
les panneaux avec les collages
:
“L’arbre sans racines ne peut pas porter de fruits”…

une maquette de maison d’enfance faite avec les pierres du jardin…

Nous accrochons aux arbres les boites “Quand j’étais petite je jouais…“

On montre ce dont on est capable. Qu’on a de l’or dans les mains.

Ils nous présentent le jardin, nous leur présentons nos travaux.

Alors ils regardent plus attentivement «j’avais pas vu! Il faut ouvrir, j’ai regardé juste comme ça…»

Ensuite ils participent, chacun lit une phrase, pour faire entendre aussi la voix de celles qui ne sont pas venues. «Avec toutes ces voix, c’était magnifique.» «Toutes les nationalités, c’est très émouvant!»

Les mamans repartent en fin de matinée chercher les enfants à l’école. Ceux qui restent déjeuner écrivent pour elles sur le coin de table à quoi ils jouaient quand ils étaient petits, ou dessinent leur arbre.
«Moi mon arbre, à l’île Maurice, c’est le cocotier.»

Pour la fête de quartier on pourrait lire avec tout le monde…
Lire en public ça fait un déblocage… ça ouvre quelque chose.
Pour ceux qui lisent et pour ceux qui écoutent…


Une belle rencontre…

mai, 2008

qui porte déjà des fruits

Mardi 13 mai, les habitués des jardins du béton accueillent une dizaine de personnes dans leur jardin de Montreuil.

Petit déjeuner, discussions, tour du jardin, arrosage, exposition imprévue, lecture, émotions, déjeuner…

Chacun a quelque chose à partager, un gâteau au chocolat, de la confiture de tomates vertes, des textes, des pommes du marché, des graines à distribuer, une quiche, sa bonne ou sa mauvaise humeur, des souvenirs, des dessins, des projets, le soleil…

Mohamed fait bénéficier de ses connaissances de chimie… du jardin; On échange sur la nature, sur nos origines, sur la vie… entre habitués,
avec Palmiro, animateur du jardin Jupiter à Aulnay,
avec les femmes de la Boissière, qui pour l’occasion exposent autour des arbres, leurs collages, textes, dessins, maquettes… (voir article suivant).

Les courgettes ne sont pas bêtes…

Certains ont déjà cultivé la terre, d’autres n’y connaissent rien et demandent des conseils, plus ou moins techniques…

«Quand tu arroses, tu n’as pas besoin de mouiller les feuilles comme la pluie, il faut arroser au sol, les racines.»
«C’est des mauvaises herbes, mais pourquoi elles n’auraient pas le droit de boire?»
«Les navets et les carottes se font de la concurrence. Des racines qui descendent à la même profondeur…»
«Les radis dans 10 jours, sans produits chimiques?»
«Sans produit chimique de synthèse parce que dans la nature il y en a plein: le purin d’orties (voir l’article TRUC), de prêles… C’est surtout après la guerre que les produits chimiques de synthèse ont explosé.»«… même pas le diable, il en bouffe»
«Les orties avec les fleurs blanches sont gentilles, elles ne piquent pas.»

«Dans mon pays, je cultivais des pommes de terre, des tomates… Mes enfants, ils ne connaissent pas…»
«Vous pouvez revenir, avec les enfants… Ici on fait des plantations, le mardi et le jeudi.»
«Pour arroser on s’organise, il y a plusieurs clés, ceux qui veulent viennent arroser, même le week-end…»

«Pour les plantations ce sont les personnes qui décident ce qu’elles veulent et en général on mange les récoltes tous ensemble. L’année dernière on a eu plein de roquette. C’est une salade très chère et tout le monde repartait avec pour chez eux.»
«Quand on plante nous-mêmes c’est meilleur.»

Pour cette “école au jardin“, Isabelle a apporté un livre comme preuve tangible que l’on est en train d’apprendre… Les images des légumes montrent ce que seront les 3 petites feuilles qui sortent de terre.«L’oranger du Mexique sent presque comme le jasmin en Tunisie!»
«Les potirons c’est comme les giraumons…
On m’a dit va chercher des patates, je ne trouvais pas… je ne savais pas que c’était des pommes de terre…»

«Faire pousser des courgettes en appartement?» «Oui c’est possible. Au lieu de s’étaler, on les fait grimper… Les courgettes ne sont pas bêtes, elles font des petites excroissances en spirales pour s’accrocher, et soutenir les légumes…»

On se demande à quoi servent telles ou telles plantes: «Ça c’est de la sauge. On peut en mettre dans la viande.» «L’absinthe, là je ne sais pas ce que l’on peut en faire, il faudrait chercher si elle a des vertus.» «Les digitales, sont magnifiques, mais toxiques. Elles sont venues toutes seules.»
«Traditionnellement, l’association fleurs et légumes, bien choisie, peut être très positive…»
«Dans les églises autrefois les maçons sculptaient des plantes sur les chapiteaux des colonnes. Ils ne les choisissaient pas au hasard. A côté, il y a des feuilles de chélidoine. Elles symbolisent la vue parce qu’une légende dit que les hirondelles mettaient le jaune de la chélidoine comme du khôl autour des yeux de leur bébé pour qu’ils voient bien. Probablement parce que les gens avaient remarqué que les hirondelles ont leurs petits au moment de la floraison. C’est une jolie histoire alors depuis moi je n’arrache plus la chélidoine dans mon jardin
«On pourrait faire une parcelle du jardinier paresseux avec des topinambours, des cardons… on ne s’en occupe pas, ça pousse, ça fleurit, c’est décoratif…»

Les premiers fruits de cette belle rencontre…

Les femmes reviendront certainement pour jardiner, un mardi ou un jeudi…
• Une fois par mois, on pourrait tester une recette…
ou un atelier cuisine
, par exemple “confiture de tomates vertes“ parce qu’elles ne mûrissent pas toujours ici…
• Le 17 juin, nous allons nous retrouver tous ensemble au parc Jean Moulin les Guilands, pour découvrir le Yi Quan, gymnastique chinoise, en plein air…
• Le 21 juin, nous avons décidé d’organiser une fête de la musique dans le jardin de la cité Myriam, avec une exposition des sculptures d’Isabelle. Et Georges et Mohamed vont écrire une chanson sur le jardin pour l’occasion!
• La journée a donné des idées à Palmiro, qui voudrait inviter tout le monde à Aulnay, pour manger… et bien sûr revenir ici!
• essayer de faire une sortie ensemble aux jardins du fort de l’est, pour voir la diversité des jardins

Et on ne s’arrêtera pas là!


Jouer… à chat?

avril, 2008

L’Association des Femmes de la Boissière accueille des femmes immigrées qui veulent apprendre à parler à lire et à écrire en français.

Nous travaillons avec un nombreux partenariat: les écoles, le collège, les lycées, la bibliothèque, la ludothèque Ludoléo, l‘association Ensemble notre quartier…
Nous avions participé au concours de la ludothèque «À QUOI JOUAIS-TU QUAND TU ÉTAIS PETIT?»
Nous avons élargi ce travail, fabriqué les boîtes, lu les écrits à l’école Fabien.

Les élèves en retour nous ont fait cadeau des poèmes acrostiches sur leurs jeux maintenant et ils nous les ont montrés:
Connaissez-vous chat-couleurs, chat-bougie, chat-famille ou chat-glacé?


Histoire du projet

avril, 2008

Par ma fenêtre!

“ICI OU LA-BAS“

COMMENT ON A DÉMARRÉ CE TRAVAIL?
Pour apprendre à se situer, on se demande: “Est-ce que je connais mon quartier, est-ce que je sais comment il s’appelle?“ “Et ma ville, mon département, ma région?“ et l’on arrive à “mon pays“. Il n’est peut-être pas facile de répondre à cette question.
Une personne a répondu La France, une autre le Maroc, une troisième la France et la Tunisie, puis Le Sri Lanka et la France…
Ici, là-bas, ici ET là-bas, ici OU là-bas… Nous avons essayé de répondre à la question «C’est quoi pour moi mon pays, qu’est-ce qui fait que je peux répondre la France, qu’est-ce qui empêche peut-être… Est-ce que je me sens ici chez moi? (cf texte «ici et là-bas, ici ou là-bas?»)

On en est arrivé à la phrase
« l’arbre qui n’a pas de racines ne peut pas porter de fruits. »

Chacune a dessiné son arbre et a écrit une phrase importante pour elle.

C’est quelque chose qui est toujours en cours, un collage collectif, qui grandit… Un petit message, une boîte, un dessin, comme une bouteille à la mer…


Les nouveaux ajoutent leurs arbres, ils débordent de la feuille sur les côtés, il y a toujours de la place… ça va faire une forêt!

On voulait aussi faire un collage avec les enfants et les pères. A la fête de quartier les femmes ont animé un atelier pour le faire réaliser aux enfants.
Après s’être entraînées, les femmes ont fait une lecture des petits mots (en juin, puis dans une classe de collège en février).
Chacune lit une phrase, sinon ce n’est pas tout le monde qui prend le temps de tout lire.

“CE QUE JE VOIS PAR MA FENÊTRE ICI“

LA PROPOSITION SUIVANTE a été de dessiner “ce que je vois par ma fenêtre ici“… pour ensuite en parler.

«Quand on dessine, on est concentré, on parle peu.»

Plus tard les 2 groupes se retrouvent pour regarder tous les dessins…


… et énumérer ensemble ce que chacun “voit par sa fenêtre“,

dans l’ordre qui vient à l’esprit, avec les mots que l’on connaît:

«C’est ici ou au Sri Lanka? - Je regarde et après je dessine

- Je vois la rue, beaucoup de murs, beaucoup de passants - c’est les gens qui passent…
- des voitures, des vélos, des maisons, des arbres, des bâtiments, des grandes maisons, des appartements, des pavillons, des avions, des parcs pour les enfants, quand c’est petit c’est un square, des jardins, des magasins, des arrêts de bus, des stations, les trains, la gare, des bus, les maisons où plusieurs familles habitent, les grands bâtiments - c’est des HLM, les cités - ça s’appelle des immeubles - l’école des enfants, les voisins, le marché, les chats, la bibliothèque, des restaurants, la pâtisserie, l’hôpital, la pharmacie – oui, mais vous ne voyez pas tout ça de votre fenêtre? – pas de chez moi, mais d’en face - quelqu’un le voit! – Ce qu’on voit c’est la ville – la mairie, la poste, la forêt - la forêt c’est quand il y a beaucoup d’arbres – mais il n’y a pas la forêt ici – des plantes, des fleurs, des camions, le centre commercial, les papillons.»

QU’EST-CE QUI EST TRES DIFFERENT ICI

PAR RAPPORT A D’OU VOUS VENEZ? CE QUI VOUS A FRAPPE.
«Les bâtiments, le métro, les églises, les écoles, les lycées, les collèges.»

OU CE QUI VOUS A MANQUE?

«J’habite à la campagne dans mon pays, je regarde les arbres, les fleurs.

Mes enfants allaient à l’école tout seuls. Ici il faut les accompagner.
Là-bas ils jouent en liberté, ici, on est obligé de les accompagner.»

«Il y a beaucoup de soleil là-bas, ici il y a beaucoup de pluie.»

«Ici on ne voit jamais le soleil, on voit des nuages.»
«Le soleil aussi, tout le temps, ce n’est pas bien. Chez moi au Maroc, pour les agriculteurs, il n’y a pas beaucoup de pluie: ça manque!»
«Dans tous les pays, il y a le ciel!»

«En Tunisie, je faisais pousser les légumes et les fruits, ici je dois les acheter.»

«Il n’y a pas d’autoroute au Sri Lanka. Ici les transports c’est très bien, dans mon pays ce n’est pas bien.»

ON A TRAVAILLE AUSSI SUR LES SAISONS.



Les femmes ont évoqué les odeurs des différentes saisons. (voir article précédent)


H. a dessiné le printemps. Marie l’a animé pour illustrer le texte écrit aussi par H.: Comment la maman oiseau cherche des vers de terre pour ses petits, les abeilles butinent…
«En Turquie aussi, il y a 4 saisons. Maintenant ici c’est le printemps.»

JE VOIS, JE VOYAIS… J’IMAGINE…

QU’EST-CE QUE J’AIMERAI BIEN VOIR?

Ceux qui n’ont pas envie de dessiner peuvent écrire ou faire des photos…

«Dans mon pays,
il y a plein de cocotiers,
des manguiers,
des bananiers,
des grenadiers,
des cannes à sucre, des palmiers,
des jaquiers,
des papayes,
de la cannelle
…»

Le travail continue…

A suivre…